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Un mercredi de ce mars, après une marche sous la neige depuis la gare de Glasgow, on arrive au King Tut's Wah Wah Hut - salle d'un collectif de groupes indépendants écossais. Petite salle sans grandes prétentions si on oublie une inscription peu réaliste à l'entrée qui dit « best venue in the UK ». Le pub à l'entrée est d'ailleurs plus grand que la salle elle-même (les british et leur sens des priorités ...).
Après quelques bières, une première partie folk peu intéressante, suivie par un canadien très intéressant dont je parlerai peut-être ailleurs, le bon vieux Buck entre sur la petite scène. « C'est lui, là? Le gars mal sapé qui vient pousser des caisses et bouger les turntables ? ». Et bien oui, Le Buck est son propre « roady ». Il faut dire que le Buck nous l'aura assez répêté pendant le concert, il n'a pas d'argent. Mais il s'en fout.
Très humblement donc, il rapproche la table avec sa platine et son mac près du micro. Le voila près. Il déboutonne le haut de son gilet ringard et gris pour laisser deviner avec une fausse timidité le gros logo Lego délavé qu'il arbore sur un t-shirt blanc. Une casquette bien américaine. Une moustache bien moche qu'il justifiera par une blague.
Il blague beaucoup le Buck. Il parle beaucoup à son public. Beaucoup d'autodérision. Beaucoup d'humour. Beaucoup de ridicule. Il nous a offert quelques danses anti-masculines et mal interprêtées à s'en couvrir de honte sur des samples guère plus sérieux. Des paillettes qu'il sort de la poche-fesse-droite de son jean et jette pour nous éblouir de kitsch sur les passages mélos de ses morceaux.
Buck 65 en live est un de ces moutons noirs qui se foutent du hip-hop bling-bling. Il est même l'antithèse de ce que doit être un artiste sur scène. Il casse la frontière entre scène et public comme ses morceaux cassent l'uniformité qu'on attend par habitude d'un artiste hip-hop. Le Buck est-il hip hop d'ailleurs ? Il n'y croit pas tellement lui-même. Il fait n'importe quoi, pourtant c'est bel et bien du hip hop qui globalement en ressort.
Il joue sur son tourne-disque un morceau dance bien kitsch à un moment du spectacle, sans rien faire dessus; juste pour dire après, bien conscient que le morceau était ridicule, que malgré tout, il en est fan depuis une éternité et qu'il voulait le jouer.
Et sa musique ? J'oublie d'en parler. Il lance ses morceaux très simplement en cliquant sur des titres dans son Itunes. Parfois il scratche, souvent de manière un peu décalée, parfois de manière très lassante, il ralentit son disque avec ses doigts pour balancer un « FrOOOOOOOOOO » qu'il tient pendant deux longues minutes, en regardant ailleurs. Parfois, il ne fait que projeter son texte, sans support musical. Juste le texte. De la poésie, quoi.
Bref, Buck 65 en concert, c'est à voir. Il est clairement un des ambassadeurs méritant de ce mouvement pauvre du Hip-hop. Si la poésie prononcée semble être en train de remonter à une vitesse vertigineuse dans la culture populaire ces jours-ci, ce par des artistes plus ou moins «underground », ce sacré Ricardo (puisqu'apparemment c'est là son vrai prénom) n'y échappe pas. En concert, il rappelle beaucoup, bien qu'avec beaucoup plus de ridicule, le live 'Road Tested' de Sage Francis, son label-mate chez Strange Famous Records.
Des morceaux excellents, des interventions géniales. Un gars sans blé mais plein d'idées qu'on pourrait hâtivement classer dans cette vague logique qui en vient à tourner en dérision les Nineties, mais même cet aspect là de son personnage, il s'en moque.
Un concert dont on ressort heureux de voir que le hip hop n'est pas mort, comme le dit le petit Versaillais de la scène française, Fuzati. Il a mûri. Il s'élargit et s'assouplit, recueillant sous son toit des artistes comme Buck 65 qui viennent s'affirmer comme l'école d'avant-garde du hip-hop, une école très proche de la poésie et bien loin des Snoops et Dr Dre qui jonchent les bacs des supermarchés.
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Par renaud_c Publié le 01/04/2008 Autres chroniques de cet auteur |