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Trevanian

Shibumi (1979)

3.1/5 (18 votes)

Voilà un livre mystérieux, couverture noire, une petite photo en bandeau d’un jardin japonais, le nom d’un auteur inconnu et un titre que l’on devine japonais sans en connaître le sens : Shibumi de Trévanian. On retourne le livre et on lit la mini biographie de l’auteur : « Un des auteurs les plus mystérieux de ces dernières années », « Pyrénées basques », « probablement mort », « millions d’exemplaires », « quatorze langues ». Intéressant. L’avis de l’éditeur est dithyrambique, normal mais tout de même : « Shibumi, le chef d’œuvre de Trévanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel ».

Quel être humain normalement constitué pourrait reposer ce livre après avoir lu ces quelques lignes, même l’histoire en deviendrait secondaire. D’ailleurs, oui, le résumé de l’histoire… il défie tous les mauvais scénarios des livres du genre. Le héros, Nicolaï Alexandrovitch Hel, est né d’une mère russe en Chine pendant la Seconde guerre mondiale, élevé par des précepteurs anglais près de la concession française quand le Japon occupait la zone, ou quelque chose dans le genre, bref il parle toutes ces langues. Pratique. Protégé dans son adolescence par un maître japonais de Go, il est très très intelligent, doué le gamin. Si en plus il survit aux combats, aux bombardements atomiques, à la fin de la guerre mondiale, le bonhomme inspire déjà le respect. Après il touche un peu à l’espionnage au Japon avec l’occupant américain et apprend le basque en prison, au Japon. Quand on me dira que quelqu’un a appris le finnois dans une favela de Sao Paulo, j’étudierais l’éventualité de croire à cela, mais bon malgré toutes ces choses, on se laisse prendre, et l’intrigue nous emporte.

Ne commencez pas à critiquer cet enchaînement d’événements peu communs, vous qui regardez sans rechigner 5 saisons de 24h, 4 de Prison Break, 5 de Six Feet Under et les 36 des Feux de l’amour.

Rapidement il devient le plus grand tueur à gages de l’histoire du monde de l’humanité universelle, faisant chanter les gouvernements et utilisant les techniques les plus abouties du Hoda Korosu. Mais quelque part dans sa retraite nouvelle et face à une dette d’honneur que seules les civilisations qui ne sont pas passées à l’économie de marché connaissent encore (Je précise que la réciproque de cette phrase est autant positive… ou pas), il est malheureusement pris dans un règlement de comptes entre des Israéliens en soif de vengeance contre des membres de Septembre noir (cf. les Jeux Olympiques de Munich en 1972) qui en plus ont décidé de détourner un avion, mais c’est accessoire. Si je précise que ces membres sont proches de l’OLP, cela n’étonnera personne, surveillés par l’OPEP, normal, mais si je vous dis qu’ils sont protégés par la Mother Company, il est légitime que l’on commence à s’interroger. Qu’est-ce donc que la Mother Company ? Ìum ? C’est très simple. C’est une « organisation internationale de terreur et d’anéantissement », une organisation supra nationale regroupant les intérêts des plus riches et des plus puissants qui ne se soucie guère des lois, des états et de quelques vies humaines.

Progressivement les pions se mettent en place, et les stratégies apparaissent sans manquer d’intérêt ni de suspense. Nicholaï Hel doit s’opposer à la Mother Company et se voit projeter contre son gré dans un ultime affrontement.

L’esprit japonais ancestral plane sur le livre, le jeu de Go structure la trame d’un souffle épique et une quête perpétuelle transperce l’histoire, la quête du Shibumi, modestie sans pruderie, simplicité harmonieuse, concision intelligente, contentement spirituel, bref, exister sans l’angoisse de devenir.

Un très très bon polar, on commence, on scotche, et on essaie de lire vite pour en savoir plus tout en sachant qu’on se rapproche toujours plus de la fin. Le héros a un peu du physique de James Bond et du cynisme de Sherlock Holmes, sans pour autant ne regrouper que des qualités. La froideur de son comportement et sa détermination incarnée par des yeux verts perçants ne font pas de ce M. Hel un gentil. Le combat entre lui et la Mother Company ne serait pas grande chose non plus sans les personnages secondaires qui d’un côté comme de l’autre crédibilisent les dossiers et donnent un relief salvateur à l’affaire qui les oppose.

L’humour est grinçant, bien sur dans la critique des Etats-Unis mais aussi dans l’éloge d’une culture japonaise disparue et quelque peu surannée. Le style est fluide et l’organisation du livre ne laisse pas beaucoup de pause au lecteur. Tant mieux, Noël approche.


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Par the_spooner

Publié le 10/12/2008

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