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Robert Mulligan

L'autre (1972)

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Je tombe ce soir au hasard de la programmation du bouquet satellite sur un des films qui marqua profondément le début des années 70 et qui fut ensuite injustement oublié des circuits arts et essais mais qui reste un film culte. The Other est un film de Robert Mulligan, le cinéaste, entre autres, D’un été 42, et le producteur du film de Dalton Trombo Johnny got his gun (chef-d’œuvre sur la guerre de 14 ). Il est tiré d’un roman de Tom Tryon,

L’action se situe en 1935 dans une ferme du Connecticut. Dans une atmosphère apparemment bucolique, deux jumeaux ,à l’imagination particulièrement fertile, au visage rond et aux yeux clairs, dont le père vient de mourir brutalement en se fracassant dans les escaliers de sa cave, jouent comme des enfants de leur âge, s’ébattant au milieu des adultes. Mais nous sommes plus près d’Henri James et du Tour d’écrou que de la Comtesse de Ségur. Le climat du film à la lumière sublime s’alourdit rapidement. The Other appartient en effet à ce courant du cinéma fantastique et gothique que l’on pourrait définir comme celui de l’enfance vénéneuse, et qui nous donna, outre l’adaptation Que Truman Capote et Jack Clayton firent du Tour d’écrou sous le titre Les Innocents, Le village des damnés de Wolf Rilla ou Sa Majesté des mouches de Peter Brook.

La séduisante apparence du visage de l’enfance innocente n’est en réalité qu’un leurre qui nous entraîne petit à petit dans l’horreur absolue. Nils est étrangement influencé par l’esprit pervers de son frère Holland. Des événements horribles se succèdent mine de rien. L’image immédiate de fragilité et de douceur de la peau douce et du duvet qui flotte autour du héros se mue souterrainement en de pernicieuses machinations. La caméra brillante de Mulligan révèle petit à petit les mécanismes secrets de l’imaginaire enfantin, suscité par une grand-mère admirable qui innocemment alimente la perversion, mais où tous les rouages perfectionnés du bien et du mal se trouvent déjà en état de fonctionnement. Cette préfiguration de l’âme adulte est rendue plus pernicieuse du fait de son enveloppe d’innocence. Tous les ingrédients du film d’horreur sont présents : le puits, la fourche, les rats, la cave, la mutilation macabre... mais loin de traiter son sujet avec emphase et effets spéciaux, Mulligan nous caresse du regard de la candeur pour mieux nous enfermer dans son piège. Le mal est là où on ne l’attend pas et il triomphe de la justice aveuglée par les apparences.

Les révélations successives nous laissent abasourdis, quant au final...Un chef d’œuvre !


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Par ctraucourt

Publié le 17/11/2008

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