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Matteo Garrone

Gomorra (2008)

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Adaptation du best-seller de Roberto Saviano, Gomorra : Dans l'empire de la Camorra, Gomorra nous plonge dans le terrible quotidien des habitants de la cité des Vele (« les voiles », 4 immenses tours en forme de bâteau), à Scampia dans la banlieue nord de Naples. Une banlieue sous l’emprise totale de la Camorra.

Le scénario est axé autour de 5 histoires parallèles, celles de Toto, gamin de 13 ans déjà enrôlé dans un clan (ndlr : la Camorra est constituée d’une multitude de clans rivaux) ; de Don Ciro, chargé d’apporter de l’argent aux familles des membres de son clan emprisonnés ou décédés ; de Franco, homme d’affaires sans scrupules qui s’enrichit en « traitant » les déchets toxiques ; de Marco et Ciro qui se prennent pour leur héros, Tony Montana (ndlr : le personnage joué par Al Pacino dans Scarface de Brian De Palma), et qui sont prêts à tout pour gravir les échelons de la pègre ; et de Pasquale, excellent tailleur exploité par la Camorra qui décide, en secret et au péril de sa vie, de mettre son talent au service de la concurrence chinoise.

Ce choix narratif judicieux met en évidence l’emprise tentaculaire de la Camorra en Campanie et nous permet de prendre rapidement conscience de la diversité des activités de celle-ci qui, non contente de s’enrichir grâce au trafic de drogue et aux extorsions de fonds, comme la plupart des autres organisations criminelles, gangrène également des secteurs bien plus traditionnels tels que le textile, le traitement des déchets, les banques, etc. Les bénéfices ainsi réalisés sont estimés à 500 000 euros par jour et par clan !

Loin des mythes auxquels le cinéma nous a habitué, Matteo Garrone, le réalisateur du film, s’attache à retranscrire la réalité. Et tant pis si elle n’est pas très télégénique ! Pas de Pacino, ni de splendides costumes, ni même de somptueuses demeures. Ici, la plupart des gangsters sont gros, moches, mal sapés, bêtes et méchants. Sans aucun sens moral, leur unique but est le profit. Peu importent les moyens. Et peu importent les conséquences.

Le meilleur exemple est peut-être celui de Franco, un entrepreneur faisant affaire dans le traitement des déchets toxiques. Il n’hésite pas à refourguer le sale boulot à des gamins et à enterrer massivement et sans précautions ses déchets, quitte à contaminer les sols et à favoriser l’augmentation des cas de cancers en Campanie. Pour lui, « l’éthique est le frein des perdants, la protection des vaincus, la justification morale de ceux qui n’ont pas su tout miser et tout rafler ». Un personnage fort sympathique.

Pour souligner le réalisme du film, Matteo Garrone a opté pour une réalisation très proche du documentaire et pour le moins efficace. « La réalité dont je suis parti pour tourner Gomorra était si puissante du point de vue visuel que je me suis limité à la filmer avec une simplicité extrême, comme si j’étais un spectateur qui se trouvait là par hasard ».

C’est exactement ce que l’on ressent pendant la séance et l’on en ressort avec un sentiment oscillant entre malaise et révolte, mais aussi avec celui d'avoir assisté à un très bon film !


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Par Martin

Publié le 02/09/2008

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