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Andreï Kourkov

Le pingouin (2004)

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Je me demanderai toujours pourquoi personne n'a pensé à m'offrir ce livre ? Pourquoi moi, j'ai du l'acheter alors que mon nom de famille a si souvent été moqué dans ma prime jeunesse (oui mais les enfants sont tellement cruels) par le nom de ce sympathique oiseau ? (ndlr : par soucis de compréhension et sans dévoiler l'identité de the_spooner, je me permets tout de même de préciser que son nom de famille est Pinguet )

Mystère.

Un mystère comme ce bouquin d'ailleurs, quelle drogue a pu prendre son auteur pour se dire : « attends, c'est l'histoire d'un mec dépressif, un journaliste, que l'on peut dire raté, dans un pays (l'Ukraine des années 90) sans repère légal sauf la mafia, qui prend comme animal de compagnie un pingouin ? - profond silence, inspiration - Ouais j'ai mon pitch c'est génial !!! ouais refile une taf. »

Le zoo de Kiev est en faillite, les habitants peuvent récupérer des animaux, Victor Zolotarev prend un pingouin, un seul, pour vivre avec lui dans un appartement. En dehors du fait qu'il est toujours triste d'apprendre qu'un animal vit dans un appartement (ce privilège devant être réservé aux génies qui les construisent), que peut faire un pingouin avec un homme ? Le pingouin ne parle pas, ne rapporte pas le journal, ne dissuade personne d'entrer, ce qu'aurait pu aisément faire un lion ou un ours polaire, et entraîne davantage un sentiment d'hilarité générale à sa vue et de moquerie envers son propriétaire que de respect ou d'envie. Prendre un pingouin, c'est faire le choix de la défaite et c'est le dire à la terre entière.

Si en plus le pingouin est neurasthénique, on se dit qu'un livre dans un Kiev post-soviétique avec un raté dépressif comme héros et son oiseau qui ne vole même pas, il faudra y mettre de la bonne volonté pour arriver à la fin, ou pas.

Et pourtant, et pourtant, cette absurdité tragique, ce léger comique sordide, cette situation qui échappe à tout le monde prend au piège le lecteur et il est difficile de fermer le livre, que ce soit vers 4h du matin en se levant à 8h, ou même de s'interrompre pour regarder la carte routière et éviter de se retrouver dans un autre pays? tant pis pour le conducteur qui se contentera comme compagnie d'une radio albanaise, j'ai préféré Le Pingouin.(ndlr : the_spooner revient d'un séjour dans les balkans)

Un pingouin aux plaisirs simples, qui ne demande que sa gamelle de poissons congelés ou pour les grands jours, un bain d'eau froide. Une compagnie qui n'aboie pas, ne griffe pas les murs, ne s'épanche pas sur les visiteurs de leur bave sentant bon le coyote, ne se maquille pas, après tout, n'est-ce pas une définition parfaite ? Non bien sur, je préférerais qu'il se maquille un peu.

Ce roman est très bien mené, les visiteurs nombreux se succèdent et apportent leurs histoires autour du pingouin dépassé et de son maître complètement perdu. Lui-même, qui croit remonter la pente après avoir trouvé un nouveau boulot de pigiste, à la mission précise d'écrire des nécrologies de gens qui ne sont pas encore morts. Ces « petites croix » constituent une mission tranquille et lucrative sans prendre trop de risque. Il trouve son style et plaît, à tel point que ces textes publiés uniquement à la mort de la personne concernée font parler, et agir. Des célébrités aux hommes d'affaires, en passant par les politiques, la situation peut devenir dangereuse dans une Ukraine des années 90 gangrenée par la corruption et la mafia, surtout quand les personnalités des « petites croix » se mettent à mourir de plus en plus rapidement après la rédaction du texte. Témoins passifs des enterrements qui se succèdent, Victor et Micha (c'est le petit nom du pingouin) sont les observateurs de leur nouveau monde déboussolé.

Le Pingouin est un roman à suspens. Le Pingouin est aussi un roman désorienté, où le pingouin Micha porte la mélancolie d'un être dont sa société lui a été retirée, qui n'a plus l'organisation de groupe qu'il connaissait avec les siens. Et la nouvelle société qui lui est donnée d'observer plonge, sa mélancolie devenant dérision pour son maître et le lecteur, et les choses sérieuses d'une absurdité abyssale. Finalement avoir des ailes et ne pas pouvoir voler, c'est la garantie de garder les pieds sur terre, malin le pingouin.


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Par the_spooner

Publié le 22/08/2008

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