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Llewelyn Moss (Josh Brolin) est un texan, un vrai de vrai. Ou plutôt, il est fidèle à l’image que l’on se fait du vrai texan. Vétéran du Vietnam et soudeur de métier, il vit avec sa femme, Carla Jean, dans l’un de ces glauques amas de caravanes dont le Texas semble regorger. Son temps libre, Moss l’occupe à chasser l’antilope, seul, au milieu du désert. Au fond, c’est un brave type. Un brave type qui ne semble plus avoir grand chose à attendre de la vie.
Au cours d’une partie de chasse, Moss fait une macabre découverte. Des 4x4 criblés de balles, des cadavres déjà froids, un homme blessé et assoiffé, à deux doigts d’y passer, des armes, de l’héroïne… Et deux millions de dollars.
Deux millions de dollars, ça change une vie… Et changer de vie, Moss en aurait bien besoin, même au prix de quelques emmerdes… Alors, il emporte le magot, le cache sous sa caravane pourrie et tente de faire comme s’il ne s’était rien passé. Mais, parce que c’est un brave type et que sa conscience le titille, Moss décide finalement d’apporter à boire à l’homme qu’il avait laissé pour mort quelques heures plus tôt, tout en sachant au fond de lui qu’il est sans doute déjà trop tard.
De retour sur les lieux du carnage, il est aussitôt pris pour cible par des narcotrafiquants, venus récupérer drogue et argent. Moss parvient, non sans difficultés, à s’enfuir mais il est contraint de laisser son pick-up sur place, permettant ainsi à ses poursuivants de l’identifier facilement…
Ces derniers lancent alors à ses trousses Chigurh (Javier Barden), un tueur fraîchement évadé qui élimine ses proies avec un pistolet à air comprimé habituellement destiné à l’abattage des bovins. Conscient du danger encouru par Moss, le vieux shérif Bell (Tommy Lee Jones) se lance également à sa poursuite, bien décidé à lui sauver la vie. La course entre Bell et Chigurh est lancée…
L’adaptation du best seller de Cormac McCarthy par Joël et Ethan Coen semblait évidente tant l’univers de No Country for Old Men est proche du leur. Une intrigue aux allures de fait divers, des personnages un peu loufoques voire complètement malades, des dialogues sans queue ni tête… On reconnaissait dans le livre la plupart des ingrédients ayant fait le succès des deux cinéastes …
Pas étonnant, dès lors, de retrouver ici un scénario très fidèle à l’œuvre originale de McCarthy, avec en prime un soupçon d’humour noir sans lequel un film des Coen n’en serait pas vraiment un... Celui-ci se manifeste notamment dans le rendu de la violence, si volontairement exagéré qu’il confère au film un léger aspect cartoon (je pense notamment aux soins que se procure lui-même Chigurh après avoir pris une balle dans la cuisse).
Ce rendu si particulier n’est pas sans rappeler certaines séquences de Fargo (souvenez-vous du fameux hachoir à bois…). La ressemblance entre les deux films ne s’arrête d’ailleurs pas là. En effet, s’ils ont délaissé les immenses étendues enneigées pour de vastes déserts arides, les Coen nous replongent une nouvelle fois au cœur de l’ « Amérique profonde », celle de l’ennui et des bouseux (il faut bien le dire…).
En jouant sans cesse sur les nerfs des spectateurs, les deux frères livrent ici une mise en scène magistrale, alternant habillement scènes calmes et poursuites effrénées. Cette opposition est perceptible dès la scène d’ouverture qui met en parallèle la paisible partie de chasse de Moss et la violente évasion de Chigurh.
Le casting est, lui aussi, pour beaucoup dans la qualité du film et il aurait selon moi été difficile de trouver des acteurs qui collaient davantage aux personnages de McCarthy. Ainsi, Tommy Lee Jones, fidèle à lui-même, tient à merveille son rôle de shérif désabusé et philosophe, un rôle d’ailleurs assez proche de celui qu’il tenait dans son propre film, le très bon Trois enterrements Josh Brolin, éternel second rôle, s’en sort quant à lui très bien dans la peau du personnage assez ambigu et finalement peu sympathique de Llewelyn Moss. Enfin, Javier Barden est excellent et parvient aisément à rendre Chigurh inquiétant à souhait.
Grâce à cette adaptation de Cormac McCarthy, Joël et Ethan Coen renouent avec l’inspiration qui semblaient leur faire cruellement défaut depuis The Big Lebowski. Si certains reprocheront à No Country for Old Men sa lenteur, j’y ai pour ma part retrouvé avec plaisir ce savant cocktail de violence esthétisée, de loufoquerie et d’humour noir dont seul les deux frères ont le secret. Un grand retour, preuve que la fratrie Coen a encore sa place sur le devant de la scène !
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Par Martin Publié le 08/08/2008 Autres chroniques de cet auteur |