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Il est certain qu’entre personnes responsables, un film sur le foot n’est pas un sujet de discussion, il s’agit ici de le confirmer.
François Perrin est ailier dans l’équipe réserve de Trincamp (un subtile mélange entre Guingamp et Auxerre), où la vie des mâles est dominée par l’équipe de football locale. Lors d’un entraînement, il blesse la vedette, ce qui le fait exclure d’abord de l’équipe, puis de l’usine. Oui le rapport est simple, le président du club est le président de la grande usine de la ville (Le Graët pour Guingamp, Bourgoin pour Auxerre…).
« On m’a viré du foot il y a 3 semaines. Aujourd’hui on me vire de l’usine. Je suppose que vous allez reprendre mon logement. Mais je vous dois tout M. le Président, alors je vous rends tout. Je vous renverrai mon slip par la Poste. Et mes chaussettes. »
Commence alors une vie d’errance, de paria, dans une ville où tout le monde se connaît, dans une ville où tout le monde le hait.
« Je suis allé là où l’homme blanc ne s’aventure plus, et sans passeport, seulement une carte de chômeur. »
Le destin de François Perrin est celui de l’ennemi public n°1 (de Trincamp), il voit la pire des sentences s’abattre sur lui, il doit partir. J’ouvre une parenthèse, je m’étonne toujours en voyant ce film que quitter cette ville représente une sentence, ce serait plutôt une chance, mais ça doit être mon côté urbain qui prend le dessus. Je m’en excuse.
« Je me suis dit, j’ai réussi à être le dernier à Trincamp, avec un peu d’ambition, je réussirai bien à être le dernier à Paris. »
Mais il ne part pas assez vite. Il devient le pigeon idéal pour endosser un viol commis en réalité par le capitaine de l’équipe (le même qu’il avait bousculé quelques semaines auparavant). Et là c’est le drame. On couvre le capitaine pour le bonheur collectif, dans un acte de bienveillance pour la ville et un sentiment d’humanisme exacerbé.
« J’entretiens 11 imbéciles pour en calmer 800 qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter. »
Mais après un accident d’autocar provoqué par un véhicule chargé de supporteurs avinés, pardon, chargé de supporteurs tout court, un joueur vient à manquer à l’équipe. On rappelle François Perrin pour jouer un match important en Coupe de France. Mais François Perrin n’est pas le genre à oublier et décide de se rendre en cours de route chez la victime du viol.
« Ca fait 2 mois que je suis en prison pour un viol que je n’ai pas commis, je suis venu pour réparer. Allez hop hop hop. Plus vite on commencera plus vite on aura fini. »
Peu importe ce qui se passe, le match approche et on retrouve la petite troupe dans le vestiaire. C’est un moment particulier où la concentration des jeunes champions concurrence les dernières directives technico-tactiques de l’entraîneur. C’est beau, c’est émouvant, rien que de l’humain.
« La tactique, elle est très simple, On va leur rentrer dans le chou à ces merdeux, ils nous ont traités de gonzesse, on va leur montrer si on a des petites bites. »
« On marque pas avec ses pieds, on marque avec ses couilles. On ne gagne pas avec sa technique, on gagne avec sa haine. »
Mais François Perrin devient soudainement indispensable après avoir marqué 2 buts, magie du football… et du cinéma… Il devient donc une personne respectée et respectable au point de regagner, via la liesse populaire, l’amour des chers administrés et de ses notables. Il s’agit de lui donner une belle situation.
« Et la piscine municipale. Au conseil, on a parlé d’engager un maître nageur.
- Parfait il est maître nageur à la piscine municipale.
- Il sait nager ?
- Complique pas toi. »
S’en suivent moult célébrations, défilés, ovations d’une ville en folie devant son nouveau héros. Ce héros pas revanchard pour un sou, décide même d’organiser un banquet avec les personnalités de la ville pour les remercier sincèrement de cette nouvelle chance, de cette nouvelle vie.
« Moi, moi, je lève mon verre à la plus formidable bande de salopards que j’ai jamais rencontrée. Je lève mon verre au tas d’ordures qui m’entoure, y’a de quoi remplir une sacrée poubelle. »
Commence alors sa vengeance…
« J’ai cru comprendre qu’à Trincamp, les vedettes du foot avaient le droit de violer une fille ou une femme de notable, alors j’ai choisi la vôtre, M. le Président. »
Ce film n’a pas grand chose à voir avec le foot, c’est la vie d’une petite ville, ni comique, ni tragique, juste avec l’outil le plus utile depuis les Jeux de Rome, le foot. Annaud et Veber dénoncent les vices du foot amateur et ses conséquences dans les affaires publiques que l’on retrouve au plus haut niveau. Les dialogues sont affûtés et Patrick Dewaere joue un sans-faute avec son regard de merlan frit et son attitude maîtrisée de benêt, le parfait footballeur en quelque sorte. Mais comme les autres sont encore plus à plaindre…
A noter pour l’honneur, Guy Roux est au générique en tant que conseiller technique, Jean-Pierre Darroussin fait sa première furtive apparition, Pierre Bachelet signe son premier générique sifflé, et Jean Bouise est grand en Président aulassien (omnipotent). C’est un bon film. Heureusement que François Perrin n’est pas parti pour Paris donc, la relégation, c’est moins sympa à raconter.
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Par the_spooner Publié le 31/07/2008 Autres chroniques de cet auteur |