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L'Ombre sur la mesure est le premier album long format de La Rumeur, groupe reconnu pour ses engagements, son franc parler, mais aussi et surtout pour la qualité de leurs prestations, contrastant avec la pauvreté du hip-hop français actuel.
L’Ombre sur la mesure, c’est d’abord une ambiance minimaliste parfaitement étudiée, particulièrement sombre voire parfois même oppressante. Les samples de Kool G et Soul M, les DJ du groupe, puisent principalement dans le jazz et la soul mais aussi dans le cinéma pour un résultat très "fifties". Les productions mettent en valeur les flows d’Hamé, Ekoué, Philippe et Mourad, et sont toujours en parfaite harmonie avec le discours des rappeurs.
Et quel discours ! Violence, poésie, cynisme… Tous les styles sont bons pour évoquer la nostalgie, la rage et le profond malaise des membres de la Rumeur. Ce que l’on retiendra ici n’est pas tant l’originalité des thèmes (colonisation, immigration, violences policières, quotidien des banlieusards, etc), mais la façon inédite de les traiter…
Ainsi, Je connais tes cauchemars, inverse les rôles en plaçant un juge sur le banc des accusés et un commissaire en garde à vue, transformant ainsi une énième chanson "anti-police", en un habile exercice de style.
De même, Les petites annonces du carnage est une dénonciation pleine de cynisme du manque de scrupules des hommes lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent.
Mais les titres les plus réussis sont, selon moi, les plus poétiques à l’image de Moha (qui relate avec une précision impressionnante le désarroi d’un prisonnier), Le cuir usé d’une valise (qui retrace le voyage et l’arrivée en France d’immigrés dans les années 50) et A 20 000 lieues de la mer (qui évoque la vie au quotidien à Elancourt, "où même les chats dehors se font chier à mort"…).
Un album difficilement descriptible mais de très grande qualité. A écouter. Vraiment.
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Par Martin Publié le 02/06/2008 Autres chroniques de cet auteur |