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Profit est une série à part. Une seule saison de 8 épisodes, diffusée en 96 sur la Fox. Mais pas entièrement. La Fox l’a arrêtée au bout de 4 épisodes, la jugeant trop choquante. Heureusement l’exception culturelle française a sauvé la mise car Jimmy a diffusé Profit entièrement en 97. C’est donc un ovni télévisuel qui depuis 10 ans vit du bouche-à-oreille et c’est déjà pas mal.
Jim Profit, le héros, est un homme parfait, aimable, beau garçon dans la trentaine triomphante, bien intégrée, cadre dirigeant dans une multinationale, un bel appartement et pas de passé… Il est ambitieux et a tout pour réussir… Non en fait il n’a pas tout pour réussir, il prend tout pour réussir. Il menace, il extorque, il violente, il diffame, il corrompt, et il tue pour réussir. Et il réussit avec le sourire le plus carnassier. Il couche également avec sa belle-mère en ayant pris grand soin d’écarter son père en le brûlant. Un parfait modèle pour nos chères petites têtes blondes. Oui c’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est une romance d’aujourd’hui.
Evidemment il n’est pas le seul vilain petit canard, ses chers collaborateurs ont la même éthique sans reproche et sans remord, mais ils perdent plus souvent. Un beau panier de crabes qui peut (veut) refléter une partie de la société actuelle, même si les créateurs de la série s’en défendent. Mais des quelques images de son enfance à son arrivée au sommet, une certaine culture, oserais-je dire, capitaliste est dénoncée à travers la télévision, l’argent, le pouvoir et une boîte en carton, que n’aurait pas reniée Linda de Suza à l’époque.
Il s’agit d’une course au pouvoir sans vraiment de sentiment et chaque personnage utilise tous les moyens possibles pour dépasser l’autre, il n’y a pas de calcul, c’est dans la recherche de leur propre intérêt que les personnages agissent, les plus faibles périssent. Facile. Il faut reconnaître une belle construction de la série où les intrigues s’enchaînent bien, les personnages secondaires se renouvellent peut-être un peu vite et il faut reconnaître que la série n’est pas allée jusqu’à sa fin, coupée en plein élan à une époque, où les chaînes réussissaient leurs audiences entre Friends, Melrose Place, Alerte à Malibu et X-Files. Oui voilà, Profit crache un peu dans la soupe et forcément ce n’est pas la Fox qui va diffuser une série qui critique et l’argent, et le pouvoir, et les multinationales, et leurs dirigeants, et la télévision.
La grande question est : Est-ce que Jim Profit et consorts sont responsables de la grande humanité qui sied à notre formidable monde ultra-libéral, bienveillant, généreux et qui sauve ses ouailles dans ce cadre de la condition de bêtes féroces ? Ou Est-ce que notre gentille société bisounours assure sa pérennité en produisant des êtres qui finalement se retrouvent très bien dans l’environnement câlin de ces compagnies responsables (et donc coupables) d’abus en tout genre en se croyant au-dessus de tout, parce qu’ils sont, c’est vrai, un peu au-dessus des autres ?
Mais ce n’est qu’extrapolation et Profit développe avant tout le sujet touchant de la famille. Oui, la famille et c’est sans doute dans son traitement froid, dans sa présence sourde et latente au long de cette unique saison que Profit est gênant. En témoigne la dernière réplique : « Quand la fumée se dissipe et quand on y réfléchit bien, il n’y a que trois choses qui comptent. Sa foi, sa droiture et sa famille. » Si seulement la fumée pouvait ne pas se dissiper.
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Par the_spooner Publié le 25/04/2008 Autres chroniques de cet auteur |